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10’56
10’56
| Par | 18 avril 2017
Photos MM

10384 kms en 5 épisodes

Sami a fui l’ Erythrée pour sauver sa vie. Un désert, une mer, Calais, l’Angleterre. Son parcours à rebours. 1ère étape: Leeds, l’asile politique est arrivé par la poste 1/5

« Mon seul but : c’est la liberté, je veux être un homme libre, je veux vivre libre».
« Tu sais mon pays, c’est une dictature ».
« Quand j’ai vu les tentes, la Jungle, je n’arrivais pas à croire, impossible d’imaginer qu’on pouvait vivre comme ça en Europe ».

 

Sami vit dans un petit pavillon à la sortie de la ville, porte noire… coincé entre un fish and ships, odeurs de poisson frit et une morgue. Un toit mis à disposition gratuitement par le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique.


Une fois la procédure d’asile lancée, les migrants bénéficient d’un logement, souvent à plusieurs. Sami, lui, vit avec neuf autres réfugiés : cinq Erythréens, deux Ethiopiens et deux Iraniens. Des hommes. La plupart d’entre eux n’a pas encore reçu le statut de réfugié.
« I am Lucky to be here »

 

Joie intérieure
Dans ce qui ressemble à un salon, de gros canapés en cuirs, une petite table, quelques bougies parfumées. Aucune lampe ne fonctionne. Sami disparaît. C’est quelque chose qu’il fait souvent, sans un bruit, tu te retournes et puis il n’est plus là. Quand il revient, il tient une liasse de feuille A4 à la main. Fermement. Il me les tend, impassible.


« I am safe now. This is official paper from the Home Office, I received it this morning. I am very happy »

Ca y est ! Enfin. Il l’a le statut de réfugié. Un morceau de papier et mille espoirs.
Comment fait-il pour ne rien laisser transparaitre ? Aucune émotion. C’est moi qui semble en faire trop, qui explose de joie pour lui.
« Yeah I always smile with my heart ».

 

« Quand je suis arrivé, ils ne m’ont pas accepté, pourtant ils savent, ils savent qu’il y a des problèmes dans mon pays, et pourtant ils ne m’ont pas accepté. Ils m’ont rejeté. Je ne voulais pas y croire, j’étais très mal. J’ai traversé le Sahara, la mer Méditerranée. De nombreux frères, amis sont morts dans le désert. J’ai attendu un an, je suis repassé devant les juges, et heureusement je viens d’avoir enfin mes papiers ».

Son permis de séjour est valable cinq ans. A la fin de ce délai, Sami va pouvoir bénéficier d’un titre de séjour permanent. Obtenir un compte bancaire, un numéro de sécurité sociale et son propre appartement.


« La vie de tous les jours en Angleterre, tant que tu n’as pas de papiers, c’est difficile, tu ne peux pas travailler, tu ne peux pas étudier ».

Pas de papiers. Pas de travail. Et Sami n’est pas intéressé par un job au black, trop risqué. Son seul revenu une allocation hebdomadaire de 36 livres, environ 52 euros. Comme tous ceux qui ne travaillent pas. Sami a attendu.


Attendre


Un stress permanent, une déprime sourde.
Les tout premiers mois, Sami les a passé à dormir… dormir pour fuir ? Encore ? Et puis il a eu un déclic, un sursaut.
« I do interpreting, I play football. If i sleep, my mind. Donc, je dois m’occuper. Chaque jour de la semaine, faire quelque chose ».
« Je me suis dit : je suis en Angleterre alors je dois apprendre l’Anglais, je peux servir de traducteur et venir en aide aux autres migrants érythréens, tu vois, je dois être ocuupé, tout le temps ».

 

Quand il ne vient pas en aide à ses frères d’exil, Sami veut s’occuper jusqu’à ce que la nuit tombe. Là tout de suite, Il a rendez-vous au stade. Une à deux fois par semaine, il joue dans une équipe amateur.


« Le foot c’est tout pour moi, depuis mon enfance, quand j’étais gamin je jouais déjà dans les rues d’Asmara. J’aime ça, vraiment. C’est un peu comme les fumeurs, lorsqu’ils sont stressés, ils fument des cigarettes. Moi c’est pareil, quand je me sens mal ou quand je suis heureux, j’ai besoin de taper dans la balle. Je ne peux pas oublier mes problèmes, je peux les apprivoiser. Le foot m’aide à vivre ».

 

Couleur de peau


Sami chausse ses crampons et disparaît de nouveau. Moi, je rejoins un carré de béton, en hauteur. Autour du stade. Il n’y a rien que du vert, et ces petites fleurs jaunes, les mêmes que dans la Jungle de Calais.
Il y a des Iraniens, des Afghans, des Erythréens, des Soudanais et des Anglais. Tous sous le même dossard. Jusqu’à la fin du match.


Quand on retrouve le béton de la ville, tout est de nouveau plus froid.

« Tu sais, ici c’est une petite ville. Les gens pensent que tous les gens noirs sont méchants, ne sont pas des bonnes personnes. Mais ce n’est pas vrai, moi je respecte les gens, peu importe leur couleur de peau. Ils ne peuvent pas nous juger par rapport à notre couleur de peau. D’abord il faudrait qu’ils nous posent la question : Comment on est arrivés en Angleterre ? Comment était notre vie avant ? Qu’est ce qui nous a poussé à partir ?
Ils ne nous posent même pas la question. Ils nous traitent de « fucking immigrants », mais tu sais, on ne les regarde pas, on ne fait pas attention à eux ».

 

C’est donc sans les regarder que l’on retourne chez lui. Dans le salon, l’odeur de l’injera, un plat typique de l’Erythrée a réussi à masquer l’odeur du poisson frit. De la musique, des chants. Comme dans une bulle à huis clos.


Sami sait pourquoi il est ici. Il est obligé de donner du sens. Vous savez, il n’a jamais abandonné.

« La seule chose que j’ai trouvée ici en Angleterre c’est la démocratie, mais pour tout le reste, j’aurais préféré être dans mon pays. Mes amis, ma famille, ma culture, me manque, tout me manque ».

 

Production, montage et réalisation : Marie Monier. Mix : I'n'I. Voix traduction: Alexandre Comte.

EPISODE Sami 1/5

10384 kms en 5 épisodes

10’56
| Par | 18 avril 2017
Photos MM

Sami a fui l’ Erythrée pour sauver sa vie. Un désert, une mer, Calais, l’Angleterre. Son parcours à rebours. 1ère étape: Leeds, l’asile politique est arrivé par la poste 1/5

« Mon seul but : c’est la liberté, je veux être un homme libre, je veux vivre libre».
« Tu sais mon pays, c’est une dictature ».
« Quand j’ai vu les tentes, la Jungle, je n’arrivais pas à croire, impossible d’imaginer qu’on pouvait vivre comme ça en Europe ».

 

Sami vit dans un petit pavillon à la sortie de la ville, porte noire… coincé entre un fish and ships, odeurs de poisson frit et une morgue. Un toit mis à disposition gratuitement par le Home Office, le ministère de l’Intérieur britannique.


Une fois la procédure d’asile lancée, les migrants bénéficient d’un logement, souvent à plusieurs. Sami, lui, vit avec neuf autres réfugiés : cinq Erythréens, deux Ethiopiens et deux Iraniens. Des hommes. La plupart d’entre eux n’a pas encore reçu le statut de réfugié.
« I am Lucky to be here »

 

Joie intérieure
Dans ce qui ressemble à un salon, de gros canapés en cuirs, une petite table, quelques bougies parfumées. Aucune lampe ne fonctionne. Sami disparaît. C’est quelque chose qu’il fait souvent, sans un bruit, tu te retournes et puis il n’est plus là. Quand il revient, il tient une liasse de feuille A4 à la main. Fermement. Il me les tend, impassible.


« I am safe now. This is official paper from the Home Office, I received it this morning. I am very happy »

Ca y est ! Enfin. Il l’a le statut de réfugié. Un morceau de papier et mille espoirs.
Comment fait-il pour ne rien laisser transparaitre ? Aucune émotion. C’est moi qui semble en faire trop, qui explose de joie pour lui.
« Yeah I always smile with my heart ».

 

« Quand je suis arrivé, ils ne m’ont pas accepté, pourtant ils savent, ils savent qu’il y a des problèmes dans mon pays, et pourtant ils ne m’ont pas accepté. Ils m’ont rejeté. Je ne voulais pas y croire, j’étais très mal. J’ai traversé le Sahara, la mer Méditerranée. De nombreux frères, amis sont morts dans le désert. J’ai attendu un an, je suis repassé devant les juges, et heureusement je viens d’avoir enfin mes papiers ».

Son permis de séjour est valable cinq ans. A la fin de ce délai, Sami va pouvoir bénéficier d’un titre de séjour permanent. Obtenir un compte bancaire, un numéro de sécurité sociale et son propre appartement.


« La vie de tous les jours en Angleterre, tant que tu n’as pas de papiers, c’est difficile, tu ne peux pas travailler, tu ne peux pas étudier ».

Pas de papiers. Pas de travail. Et Sami n’est pas intéressé par un job au black, trop risqué. Son seul revenu une allocation hebdomadaire de 36 livres, environ 52 euros. Comme tous ceux qui ne travaillent pas. Sami a attendu.


Attendre


Un stress permanent, une déprime sourde.
Les tout premiers mois, Sami les a passé à dormir… dormir pour fuir ? Encore ? Et puis il a eu un déclic, un sursaut.
« I do interpreting, I play football. If i sleep, my mind. Donc, je dois m’occuper. Chaque jour de la semaine, faire quelque chose ».
« Je me suis dit : je suis en Angleterre alors je dois apprendre l’Anglais, je peux servir de traducteur et venir en aide aux autres migrants érythréens, tu vois, je dois être ocuupé, tout le temps ».

 

Quand il ne vient pas en aide à ses frères d’exil, Sami veut s’occuper jusqu’à ce que la nuit tombe. Là tout de suite, Il a rendez-vous au stade. Une à deux fois par semaine, il joue dans une équipe amateur.


« Le foot c’est tout pour moi, depuis mon enfance, quand j’étais gamin je jouais déjà dans les rues d’Asmara. J’aime ça, vraiment. C’est un peu comme les fumeurs, lorsqu’ils sont stressés, ils fument des cigarettes. Moi c’est pareil, quand je me sens mal ou quand je suis heureux, j’ai besoin de taper dans la balle. Je ne peux pas oublier mes problèmes, je peux les apprivoiser. Le foot m’aide à vivre ».

 

Couleur de peau


Sami chausse ses crampons et disparaît de nouveau. Moi, je rejoins un carré de béton, en hauteur. Autour du stade. Il n’y a rien que du vert, et ces petites fleurs jaunes, les mêmes que dans la Jungle de Calais.
Il y a des Iraniens, des Afghans, des Erythréens, des Soudanais et des Anglais. Tous sous le même dossard. Jusqu’à la fin du match.


Quand on retrouve le béton de la ville, tout est de nouveau plus froid.

« Tu sais, ici c’est une petite ville. Les gens pensent que tous les gens noirs sont méchants, ne sont pas des bonnes personnes. Mais ce n’est pas vrai, moi je respecte les gens, peu importe leur couleur de peau. Ils ne peuvent pas nous juger par rapport à notre couleur de peau. D’abord il faudrait qu’ils nous posent la question : Comment on est arrivés en Angleterre ? Comment était notre vie avant ? Qu’est ce qui nous a poussé à partir ?
Ils ne nous posent même pas la question. Ils nous traitent de « fucking immigrants », mais tu sais, on ne les regarde pas, on ne fait pas attention à eux ».

 

C’est donc sans les regarder que l’on retourne chez lui. Dans le salon, l’odeur de l’injera, un plat typique de l’Erythrée a réussi à masquer l’odeur du poisson frit. De la musique, des chants. Comme dans une bulle à huis clos.


Sami sait pourquoi il est ici. Il est obligé de donner du sens. Vous savez, il n’a jamais abandonné.

« La seule chose que j’ai trouvée ici en Angleterre c’est la démocratie, mais pour tout le reste, j’aurais préféré être dans mon pays. Mes amis, ma famille, ma culture, me manque, tout me manque ».

 

Production, montage et réalisation : Marie Monier. Mix : I'n'I. Voix traduction: Alexandre Comte.

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Episode : Sami 2/5
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25 avril 2017